Bien que présents depuis une dizaine d’années dans le paysage médical et industriel, les exosquelettes restent encore méconnus du public. Pourtant, leur rôle n’est pas étranger à la diminution des TMS et à leurs effets presque miraculeux sur la rééducation et l’aide à la marche. Si ces dispositifs vous sont encore inconnus ou si vous avez une vague idée de ce qu’ils représentent vraiment, il serait bon de vous parler des idées reçues sur les exosquelettes. Vous augmenterez ainsi vos connaissances, et cela permettra de les adopter en toute sérénité, que ce soit dans une optique médicale, industrielle ou simplement pour vos loisirs.
Les exosquelettes sont tous des robot
Alors première idée reçue sur les exosquelettes : la réponse est non, les exosquelettes ne sont pas tous des robots ; toutefois, c’est une confusion qui reste très fréquente chez les néophytes.
Pour qu’un exosquelette soit appelé robot, il doit être doté de composants technologiques comme des actionneurs (des moteurs), d’une source d’énergie telle qu’une batterie et d’une forme de contrôle automatique. On parle ici d’exosquelette actif.
Or, beaucoup de ces dispositifs, notamment les exosquelettes professionnels, sont le plus souvent passifs.
Cela signifie qu’ils fonctionnent à l’aide de ressorts ou de systèmes mécaniques qui ont pour rôle de stocker et de restituer l’énergie du mouvement effectué par l’être humain. Cela sans nécessiter la présence d’un moteur ou de composants électroniques.
Pour vous donner un exemple, il existe sur le marché des exosquelettes du dos et des épaules comme le Skelex IP 12 et l’Auxivo, très souvent utilisés en logistique (manutention de charges lourdes), dans le secteur du BTP ou de l’industrie. Ceux-ci se contentent de soulager les muscles lors des flexions ou du travail bras en l’air, sans être « robotisés » au sens classique.
À l’inverse, les exosquelettes médicaux de marche pour paraplégiques, ou certains modèles militaires/sportifs, sont bien des robots portés : ils intègrent des capteurs, des moteurs et des algorithmes afin d’assister activement les mouvements.
C’est la solution miracle contre les TMS
Ici encore, la réponse est non. Les exosquelettes ne sont pas la solution miracle contre les TMS (troubles musculo-squelettiques), mais bien un outil complémentaire parmi d’autres mesures de prévention.
Il faut comprendre que les TMS proviennent de nombreux facteurs :
- L’organisation du travail ;
- La cadence ;
- La charge physique ;
- Le stress ;
- Le manque de pauses ;
- Les postures adoptées ;
- La conception des postes ;
- La formation…
Un exosquelette, à lui seul, ne peut pas corriger ces causes profondes. Ce n’est pas pour rien que les organismes de prévention comme l’INRS rappellent que les exosquelettes doivent s’inscrire dans une démarche globale d’ergonomie et de prévention. Et ce, après avoir déjà agi sur la conception des postes, la mécanisation et l’organisation du travail.
De manière concrète, un exosquelette d’épaule peut réduire l’activité musculaire lors de travaux bras en l’air, par exemple en montage automobile ou en maintenance aéronautique. Cela contribue fortement à diminuer la fatigue et le risque de douleur à court terme.
En résumé, un exosquelette bien choisi, bien réglé, de même que bien intégré, peut contribuer à réduire certains facteurs de risque. Cependant, il ne remplace ni l’analyse ergonomique, ni l’aménagement des postes, ni la formation des salariés, ni la participation des équipes à la prévention.
Ils éliminent complètement les efforts physiques
Les exosquelettes réduisent la fatigue, c’est un fait. Mais ils n’éliminent pas totalement les efforts physiques du manutentionnaire ou de l’employé. Cependant, ils modifient la manière dont les mêmes efforts se répartissent dans le corps.
En pratique, nos dispositifs diminuent la charge sur les articulations ou sur les groupes musculaires. Ils peuvent néanmoins aussi augmenter le travail dans d’autres parties de votre corps, telles que les épaules, le tronc ou encore la musculature posturale. Ces dernières sont chargées de stabiliser le dispositif et de suivre, par la même occasion, les mouvements guidés.
Ici, on parle explicitement de répartition de charge plutôt que de suppression de charge. On vous explique.
En réalité, une partie des contraintes mécaniques est transférée vers la structure de l’exosquelette. Toutefois, le système musculo-squelettique reste sollicité pour la posture, pour l’équilibre, pour le contrôle moteur, sans oublier l’adaptation aux tâches (comme marcher, porter ou se pencher…).
La question adéquate n’est pas : « L’exosquelette supprime-t-il les efforts physiques ? » La bonne question serait plutôt : « Sur quelles zones la charge est-elle diminuée ? »
Ils augmentent la force du porteur
Alors ici, les exosquelettes n’augmentent pas la force maximale du porteur au sens propre du terme. Ils fournissent plutôt une assistance mécanique et partielle qui permet de réduire l’effort à produire selon la tâche effectuée.
Ainsi, les modules d’assistance comme les ressorts, les câbles et les actionneurs emploient une force parallèle à celle des muscles dans le but de soutenir le geste. Par exemple, une partie du poids est compensée par le bras ou lors de la flexion durant un travail au-dessus de la tête.
Il faut par ailleurs savoir que l’assistance apportée par l’exosquelette ne transforme pas l’utilisateur en super-homme doté d’une force exponentielle. De plus, elle permet surtout de rester dans une plage de poids acceptable suivant l’ergonomie et la réglementation, sans pour cela dépasser les limites du corps.
Par ailleurs, les recommandations de manutention manuelle de l’INRS continuent de s’appliquer. L’exosquelette ne doit pas servir de prétexte pour autoriser des charges supérieures aux limites fixées. Et pour cause, les structures ostéo-articulaires et les disques intervertébraux subissent toujours une partie des contraintes.
Enfin, le fait d’augmenter de manière excessive l’assistance pour porter des charges très lourdes crée d’autres problèmes comme les risques de déséquilibre, l’augmentation des forces de réaction, etc.
Cette idée reçue sur les exosquelettes n’est pas exacte. Le dispositif assiste un geste dans les limites de charges, mais n’a pas vocation à amplifier la force humaine au-delà des seuils de sécurité.
Ils conviennent à tous les salariés
Là aussi, la réponse est à la négative et c’est une autre des idées reçues sur les exosquelettes. Ces derniers ne conviennent pas à tous les salariés. En effet, ils nécessitent une adaptation très précise à la morphologie de celui qui va le porter ainsi qu’aux tâches qu’il devra effectuer.
En fait, l’efficacité de l’exosquelette dépend de la taille, du poids et des proportions corporelles du travailleur.
Un mauvais alignement des axes articulaires mécaniques avec les axes anatomiques ouvre la porte à des points de compression très douloureux, surtout chez les femmes.
La cause est les différences morphologiques thoraciques.
Ce n’est pas tout, les contraintes biomécaniques varient aussi selon le type de travail. Ainsi, un dispositif explicitement conçu pour soulager le dos lors des flexions répétées est inadapté aux tâches de précision, aux mouvements rapides ou aux endroits exigus.
Cela change la posture et l’équilibre tout en sollicitant les muscles posturaux de manière différente.
L’INRS insiste sur l’importance d’une évaluation préalable. Cela comprend les caractéristiques de l’opérateur, le contenu de la tâche au travail et les conditions d’usage.
Les choix et le réglage sont ainsi guidés sous peine de rendre l’exosquelette inefficace ou de provoquer des risques nouveaux comme les chutes, la fonte musculaire et les TMS déplacés.
Il est donc crucial d’être formé et de bénéficier d’un exosquelette personnalisé pour qu’il soit productif. Les postes répétitifs qui nécessitent une haute sollicitation musculaire et les opérateurs adaptés en raison de leur expérience gestuelle et de leur force physique sont ciblés, tout en excluant les contre-indications médicales et ergonomiques.
Ils sont inconfortables et encombrants
Autre idée reçue sur les exosquelettes : leur soi-disant inconfort et leur encombrement. Bien que ce fût le cas à leurs débuts, les choses ont bien évolué depuis. Pour la bonne raison que les dispositifs modernes sont conçus dans des matériaux légers comme la fibre de carbone, les polymères et dans des textiles respirants en mesh.
Cela a permis donc de réduire le poids des exosquelettes puisqu’on trouve des modèles pesant moins de 2 kg pour faciliter le port prolongé sans ressentir la moindre gêne.
De même, ils intègrent des designs ergonomiques et ajustables à toutes les morphologies avec en plus des ceintures souples. Des articulations alignées sur les axes corporels et une mise en place ne dépassant pas les 15 secondes viennent compléter le tout.
Pour vous donner un exemple, l’Hilti exo-S est compact, sans maintenance active et sans moteurs bruyants.
Par ailleurs, au CES 2026, des exosquelettes destinés aux seniors et aux randonneurs ont été présentés avec un poids de moins de 2 kg et une esthétique discrète tout en apportant une autonomie de 10 heures.
Les exosquelettes d’aujourd’hui s’intègrent le plus normalement du monde aux environnements industriels, logistiques et quotidiens. Cet outil perçu comme lourd est devenu un allié confortable et discret offrant de nombreux bénéfices.
Ils ne sont pas efficaces à long terme
La dernière idée reçue sur les exosquelettes est le manque d’efficacité, notamment à long terme. Et pourtant…
Les exosquelettes sont très efficaces à long terme pour réduire les troubles TMS. Ce n’est pas nous qui le disons, mais bien des études menées en conditions réelles.
Ainsi, une étude Hilti/ITMP/OPPBTP réalisée sur 150 opérateurs du BTP, suivie sur 3 à 12 mois (moyenne huit mois), montre une diminution statistiquement significative des douleurs aux épaules, au dos et au cou, sans report de contraintes ni aggravation ailleurs.
Chez 27 % des utilisateurs, les douleurs aux membres supérieurs ont nettement baissé. Cela confirme donc l’effet préventif durable lors de tâches contraignantes au-dessus des épaules.
Cependant, et il faut le noter, cette efficacité repose sur une bonne intégration : la formation, la sélection des postes (gestes répétitifs), l’utilisation fractionnée et un suivi ergonomique.
Ce n’est pas tout, puisque les résultats indiquent également une acceptation positive et une productivité stable ou améliorée, sans apparition d’une quelconque atrophie musculaire observée malgré la réduction de charge.
Des thèses récentes soulignent un potentiel pour l’autonomie chez les patients neuromusculaires, avec une stabilité accrue et une charge musculaire réduite dans le cadre de dispositifs personnalisés.
Ainsi, bien intégrés, les exosquelettes préviennent durablement les TMS sans effets négatifs majeurs.
Conclusion
Les idées reçues sur les exosquelettes sont nombreuses à cause de la méconnaissance de ces dispositifs pourtant bien bénéfiques sur tous les plans. Mais justement, ce sont ces mêmes idées reçues sur les exosquelettes qui freinent leur adoption.
Ils ne suppriment pas totalement les efforts physiques certes, n’amplifient pas la force humaine comme on pourrait bien le croire et ne conviennent pas à tous (adaptation morphologique et tâches spécifiques). Par ailleurs, ils ne sont plus inconfortables (grâce à leurs matériaux légers ergonomiques) et sont efficaces à long terme (réduction durable des TMS si bien intégrés).
Ces mythes ignorent les avancées technologiques et ergonomiques récentes. Une évaluation préalable, une formation adaptée et un suivi rigoureux transforment ces outils en alliés précieux contre les risques professionnels, améliorant santé et productivité.
Vous désirez en savoir plus sur le monde des exosquelettes ? Visitez notre page blog.



